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J'y entrais pour la première fois, en montant les quelques marches recouvertes d'un tapis rouge ou mes pas s'enfonçaient, je me sentais à la fois détendu et impressionné par les lieux. Je
n'étais désormais qu'un individu qui se fondait dans la masse, scrutant les hauts plafonds et leurs moulures, mes pas glissants doucement sur le marbre vieillit. Tant de fois, la nuit
j'étais passé devant lui sans m'imaginer un jour ce que je pourrais ressentir en foulant son sanctuaire. Lieu chargé d'histoire, d'âmes et de secrets, je laissais voyager mon esprit et mon
imagination le long des couloirs plongés dans le noir. Dans la cohue, à l'entrée je pouvais tout de même percevoir cette atmosphère lourde, pesante et silencieuse. C'est un peu comme si les
colonnes avaient emprisonnées à tout jamais les plus belles voix qui étaient passées par là et les gardaient jalousement, menaçant le premier qui oserait profaner les lieux de s'écrouler sur ce
dernier. Au fur et à mesure que je montais les marches qui m'emmenaient à la salle ou le récital allait se tenir, je sentais mon cœur s'éloigner de la ville et des gens, les aiguilles de ma
montre ralentissaient jusqu'a ce que le temps se fige pour quelques instants. Figeant avec lui mes soucis et les battements de mes cils. Plus rien ne comptait si ce n'est de se laisser porter par
la magie qui semblait planer autour de moi. Martin me fit signe de m'avancer, et c'est avec une certaine satisfaction que je passais devant tout le monde pour venir m'asseoir aux premiers rangs,
de préférence du côté du piano bien évidemment.
Je cherchais des yeux le boss de Martin, il ne fallait pas perdre une minute. Il fût un bref discourt pour l'ouverture du récital, habillé dans un costume qui lui donnait l'apparence d'être
droit comme un I, les cheveux soigneusement coiffé, et la bouche pincée. Il y avait dans son regard de la froideur, sur son estrade il semblait toiser la salle. Il disparût aussi rapidement qu'il
avait apparut. Quand les doigts de Martin commencèrent à glisser sur le piano les battements de mon cœur se calmèrent, le moment d'apaisement que j'attendais depuis si longtemps semblait enfin
arriver. Non seulement j'assistais à mon premier opéra, mais cela me plaisait et j'y découvrais une sensation absolue de liberté et d'oxygène. Les heures passèrent sans qu'un seul instant je ne
regarde ma montre. Quand Wonderful arrivait sur scène je sentais mon cœur battre un peu plus fort. Sentiment étrange. Mais inconsciemment j'essayais de ressentir ce qui pouvait bien se passer
dans la tête de Martin. Je vous avoue avoir été très ému, leur regard ne se croisait qu'au début avec un léger sourire invitant l'un et l'autre à commencer... la comédie. C'est à cet instant
précis, et plongé de toute part dans le cadre et leur histoire, que j'ai vraiment compris que ce ne devait vraiment pas être évident pour Martin. Un air d'opéra, des notes qui piquent votre
ventre, et un amour impossible, caché, qui glisse contre les épais rideaux de la salle. Voilà ce que je ressentais, de l'amour, de l'émotion, mélangés entre passions et peines. J'ai du me
contenir à deux ou trois reprises pour ne pas me laisser aller, et pleurer en cœur avec les vieilles de ma rangée...
J'avais par moment le sourire aux lèvres, j'étais sans doute le seul dans la salle à savoir autant de choses, le patron, le collègue connard, Martin et Wonderful, la dernière soirée à
la maison, ou certain des chanteurs qui se produisaient ce jour s'étaient mis la tête à l'envers avec mon célèbre Mojitos... leurs histoires de cul... Bref, des choses qui me confortaient dans
l'idée qu'il y a parfois des secrets qui restent bien gardés, des images toutes faites, des clichés... qui n'ont pas lieu d'être, mais qui sans doute ne sont là que pour protéger la vie privée
des gens...
Quand je quittais l'opéra, je regardais une dernière fois les grandes colonnes de l'opéra, avec elles, pas de doute... nos petits secrets resteraient à tout jamais gardés.
Sur le vif