Partager l'article ! Une nuit avant noël: J'ai fermé le magasin ce soir. J'ai réceptionné les fonds de caisses des hotesses, puis tout à coup ...
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J'ai fermé le magasin ce soir. J'ai réceptionné les fonds de caisses des hotesses, puis tout à coup l'effervescence de nos journées agitées à laisser place au
silence. Doucement j'ai saisi les clefs par leur cordon, leur tintement associé à mon souffle n'était plus qu'un infime cliquetis. J'avançais dans les couloirs en éteignant une à une les lumières
sur mon passage. J'aurais voulu que ce moment ne s'arrête jamais. J'étais seul. Seul avec mes pensées, avec mes peurs, avec ma fatigue et un sentiment de quelque chose d'accompli.
Dehors il ne faisait pas froid. Il pleuvait tout doucement. J'ai fais ce que je n'avais pas fait depuis longtemps. Je n'ai pris ni le métro, ni le tramway. Je ne suis pas rentré de suite chez
moi. J'ai marché en direction du port, acheté un paquet de cigarettes, puis j'ai marché encore, dans le sens opposé à la maison. Je me suis assis de longues minutes face à la mer, proche du fort
Saint-Jean, et j'ai regardé au loin le florilèges des lumières, leur danse macabre sur les flots. Il y avait une lègère brise. J'étais seul, face à moi même, j'en avais tout simlement besoin. Des
souvenirs sont revenus à la surface. J'ai pensé à des personnes qui ne faisaient plus partie de ma vie. Me demandant ce qu'elles faisaient à cet instant précis, ou me demandant si d'autres
avaient bel et bien trouver le repos, si de là ou elles étaient, elles me suivaient encore par la pensée. Si je méritais encore leur amour. J'ai eu envie de pleurer, mais je me suis retenu.
Les morts ne reviennent jamais. Ils nous accompagnent quand on à besoin de le ressentir. Ils s'effacent quand les pensées deviennent trop lourdes. C'est mieux ainsi. J'aurais pu rester assis des
heures je crois si je n'avais pas été attendu en d'autres lieux.
Alors je me suis levé, et j'ai remonté la Canebière toute illuminée. Sous la pluie, les ampoules scintillaient davantage qu'en temps normal. Les batiments étaient éclairés de diverses couleurs,
sublimés par le trophé des lumières qui se tient en ce moment à Marseille. Autant la ville est belle, autant on se sent seul et mélancolique. La pluie qui doucement venait carresser mon visage,
semblait peu à peu venir nettoyer mon coeur, apaiser mes craintes, lisser mes doutes. J'ai marché pendant une heure, je suis passé devant l'ancien appartement d'Elvire. En temps normal je me
serais arrêté quelques minutes chez elle, j'avais presque envie de sonner à sa porte. Il n'y avait plus personne, c'est sur. Alors j'ai biffurqué encore, prenant la direction du Boulevard
Longchamps. L'arrivée du tramway à libéré l'espace, projeté des perspectives modernes sur ce boulevard que j'aime tant. Ce boulevard qui fait partie de ma vie et de ses souvenirs.
J'ai marché le plus lentement possible pour ne pas que le rêve s'arrête trop vite, pour ne pas que les lumières me quittent. A son apogée, le Palais tout illuminé m'attendait. Vieux de plus d'un
siècle, il était toujours aussi beau, aussi prestigieux. Les cascades étaient en marche. Je me suis assis encore. J'ai beaucoup pensé. Dans le vague, dans le flou. Mais avec un grand bol d'air.
Avec passion et dans le silence le plus profond. Il n'y avait personne, pas une âme qui vive, c'était presque iréel. Je crois que ça l'était vraiment.
Mon coeur s'ouvrait, et tout le reste me quittait. Comme un vase brisé, je sentais des flots d'émotions s'échapper, des choses retenues depuis bien longtemps. Une pensée est venue : il faut vivre
pour aujourd'hui et non pour demain.
Je n'avais pas envie de rentrer à la maison. Envie de rien. Juste d'être là, seul, fondu au milieu du décors. De n'être personne, de ne jouer aucun rôle, de tomber le masque. Le froid m'a fait
revenir à la raison. J'ai allumé une cigarette, j'ai fais une prière, puis j'ai pensé au temps qui passe trop vite, à la longue semaine qui arrive encore. Jusqu'au bout, une fois de plus cette
année, j'ai cru que j'arriverais à échapper à Noel, à fuir. Mais je suis toujours là. Les pas qui me rapprochaient de la maison sur le retour, étaient ceux, qui petit à petit, figeaient sur mon
visage, le masque que j'ai construit de toute pièce. L'espace d'une seconde, quand les clefs se sont glissées dans la serrure, j'ai cru que je n'étais toujours personne. Le temps d'un demi
souffle, j'ai révé que j'étais mort.
Sur le vif